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Comment slater un selftape

8 mai 2026 · 7 min de lecture

Elias Munk
Elias Munk· 14 ans de métier

Tu appuies sur enregistrer. La première chose que le casting va voir, c'est toi qui dis ton nom. Le slate. Huit secondes, peut-être dix. Puis la scène commence.

La plupart des comédiens ne répètent pas le slate. Ils s'acharnent sur leurs répliques pendant une heure, puis filment le slate à froid, avec la même voix plate qu'ils utilisent pour laisser un message vocal. Quand ils arrivent à la scène, le directeur de casting a déjà à moitié décidé s'il allait continuer à regarder.

Ce texte parle de comment slater un selftape pour que ça joue en ta faveur plutôt que contre toi.

Ce qu'est un slate, et pourquoi les huit secondes comptent

Le slate, c'est la courte intro que tu enregistres avant la scène. Nom, parfois ville, parfois taille, parfois agence. Ce que le breakdown demande, dans l'ordre où ça le demande.

Ça existe pour deux raisons. La première, pratique : le casting doit savoir à qui il a affaire quand le fichier circule entre les producteurs et les réalisateurs. La deuxième, humaine : ils veulent te voir avant de te voir jouer. Le slate est le seul moment dans la tape où tu es toi. Tout le reste, c'est le personnage.

C'est cette deuxième raison que la plupart des comédiens ratent. Le slate, c'est pas de l'administration. C'est l'audition avant l'audition. Les directeurs de casting à qui j'ai parlé disent tous une version du même truc - ils se font une impression dans les premières secondes, et cette impression colore leur façon de regarder la scène. Un slate plat met les deux minutes qui suivent en côte.

Lis le breakdown avant de faire quoi que ce soit d'autre

Chaque breakdown de casting a ses instructions pour le slate. Parfois claires. Parfois enterrées dans le troisième paragraphe, entre la note vestimentaire et la date limite.

Demandes courantes :

  • Nom seulement
  • Nom et ville, utile pour les castings qui couvrent plusieurs régions
  • Nom et taille
  • Nom, taille et agence
  • Slate en pied, où tu recules pour montrer ta silhouette
  • Pas de slate - oui, ça arrive, lis le breakdown
  • Un fichier slate séparé, enregistré comme son propre clip

S'ils demandent un fichier slate séparé, n'ajoute pas le slate au début de ta scène. Ils veulent deux fichiers. Envoyer un seul fichier assemblé, ça donne l'impression que tu n'es pas capable de suivre des instructions, ce qui est le pire signal possible au début d'une audition.

Si le breakdown dit pas de slate, envoie pas de slate. Tu ne les impressionnes pas en en ajoutant un. Tu ignores la direction.

Dans le doute, donne-leur moins. Nom et un petit sourire, c'est universel. Tout le reste, c'est de la supposition à moins qu'ils l'aient demandé.

Les erreurs de slate qui font passer une tape

Regarde dix slates d'amateurs et tu vas voir les mêmes problèmes en boucle.

Le slate en représentation. Grand sourire, grande voix, "ALLO ! Je m'appelle Sarah Tremblay de MONTRÉAL !" avec l'énergie d'une animatrice de télématin. Ça crie l'effort forcé. Le casting voit tout de suite que tu as peur.

Le slate mort. Marmonné, regard à terre, nom à peine audible, aucun contact avec la caméra. Tu t'excuses déjà d'être là. Le casting voit ça aussi.

Le slate suspendu. Tu fixes l'objectif trois secondes avant de dire quoi que ce soit. Ou après avoir dit ton nom, tu continues à fixer jusqu'à ce que tu coupes. Les deux lisent comme de l'hésitation ou du théâtral, et ni l'un ni l'autre aide.

Le mauvais-info slate. Tu n'as pas bien entendu la demande, tu as oublié le changement d'agence, tu as slaté avec une taille différente de ce qu'indique ta photo de tête. Des petites erreurs, mais le genre qui fait qu'un assistant casting pause la tape pour vérifier.

Le slate en personnage. Tu gardes la posture ou l'accent du personnage pendant le slate, puis tu joues la scène. Celui-là est le pire. Le slate est censé être toi. Si tu slates en personnage, le casting n'a aucune idée de qui tu es en tant que personne, ce qui est la moitié de ce qu'il essaie d'évaluer.

Comment slater un selftape : la version de huit secondes

Prends une respiration avant d'appuyer sur enregistrer. Pose-toi sur tes pieds. Regarde directement dans l'objectif.

Dis ton nom comme tu le dirais à quelqu'un dans une soirée. Ta vraie voix, avec la chaleur que tu as réellement. Pas plus grande. Pas plus petite.

S'ils ont demandé autre chose - taille, ville, agence - garde le rythme stable. Pas de pause dramatique entre les informations. C'est de l'info, pas un poème.

Puis un petit sourire, ou un petit souffle, et tu coupes.

Huit secondes. Peut-être dix. L'ensemble doit ressembler à une rencontre, pas à une performance.

Orientation du slate : portrait ou paysage

Ça dépend entièrement de la tape de scène. Fais correspondre l'orientation du slate à ce que le casting a demandé pour la scène. Si la scène est en paysage, le slate est en paysage. Si le casting demande la verticalité parce que le projet est un court métrage ou du scripted social, le slate est vertical aussi.

Si tu tournes en vertical, cadre-toi comme tu te cadrerais pour la scène - poitrine en haut, beaucoup d'espace au-dessus de la tête, yeux dans le tiers supérieur. Le selftape vertical, c'est son propre petit truc, et la plupart des comédiens ne l'ont pas pratiqué. Ça vaut la peine de le faire une fois avant d'enregistrer. Le workflow vertical complet est dans selftape vertical.

Pratique le slate comme tu pratiques la scène

Les comédiens qui slatent bien ne sont pas naturellement charismatiques. Ils ont pratiqué.

Fais le slate dix fois avant d'enregistrer le vrai. À voix haute. En caméra. Regarde les relectures. Tu vas remarquer des choses - la façon dont tu montes la voix à la fin, le léger tilt de tête, le moment où tes yeux glissent. Choisis une chose à ajuster à chaque fois. Après dix répétitions, le slate va sentir comme du terrain neutre. Après cinquante, c'est de la mémoire musculaire.

L'erreur, c'est de traiter le slate comme l'échauffement pour la scène. C'est pas ça. C'est la première chose que le casting voit, et c'est le seul moment où tu as la chance d'être une personne devant eux. Traite-le comme son propre travail.

Le reset entre le slate et la scène

Il y a un moment après le slate, avant que la scène commence, que pratiquement personne ne gère bien. Tu as dit ton nom. La première impression du directeur de casting est faite. Maintenant tu dois entrer en personnage sans avoir l'air de peser sur un interrupteur.

L'astuce, c'est un petit souffle de reset. Après le slate, descends les épaules. Baisse les yeux un beat. Trouve la tension de ton personnage. Puis lève les yeux et commence. La pause est courte - une demi-seconde - mais elle dit au casting que tu sais comment quitter le neutre et arriver quelque part. C'est de l'information utile pour eux.

Si ta réplique de départ est la première ligne de la scène, le reset fonctionne quand même. Tu prends le souffle, la réplique joue, et tu es déjà dedans. Si tu répètes sans personne pour te donner la réplique, blablabla s'occupe des répliques des autres personnages pour que tu puisses faire la transition slate-puis-scène autant de fois qu'il en faut pour que ça sente naturel.

Quoi faire si tu as oublié le slate avant d'enregistrer

Tu as filmé la scène. C'est la meilleure prise de la soirée. Tu vas pour l'envoyer et tu réalises que tu n'as jamais enregistré le slate.

Deux options.

Enregistre le slate comme fichier séparé. Envoie-le séparément, même si le casting voulait le slate intégré à la scène. Dans le pire des cas, l'assistant casting doit les assembler. C'est mieux que de retourner la tape.

Ou enregistre le slate et colle-le au début avec l'app Photos sur iPhone. Couper, assembler, exporter. Cinq minutes si tu l'as déjà fait. Le workflow slate sur iPhone est dans comment enregistrer un selftape avec juste ton iPhone.

Ne retourne pas la scène parce que tu as oublié le slate. La prise est la prise. Laisse pas une erreur administrative te coûter une performance.

Une note sur les différences régionales

Certains marchés ont leurs conventions locales. Les comédiens britanniques et irlandais slatent souvent nom et agence. Les comédiens américains slatent souvent nom et taille. Les Australiens ajoutent souvent la ville. Au Québec et au Canada anglais, ça varie selon le casting - certains breakdowns ne demandent rien de plus qu'un nom, d'autres veulent une courte introduction. Pour les castings pancanadiens ou internationaux, le breakdown te dira quoi faire.

Si tu auditionnes sur plusieurs marchés, ou pour un projet qui tourne ailleurs que là où tu vis, le breakdown va te dire quoi faire. N'assume pas que les conventions de ton marché local s'appliquent partout.

Ce qu'est le slate, en fin de compte

Un slate, c'est huit secondes d'être toi-même. C'est plus difficile que ça en a l'air parce que tu es seul dans ta chambre avec ton téléphone, en train d'essayer d'avoir l'air naturel pour quelqu'un que tu n'as jamais rencontré. Mais les comédiens qui slatent bien font exactement ça - ils sont une personne pendant huit secondes, puis ils sont quelqu'un d'autre pendant deux minutes.

Si tu peux faire ces deux choses dans cet ordre, et laisser le casting voir la différence, le slate fait son travail. La scène doit ensuite faire le sien. Mais tu leur as déjà dit que tu sais gérer une transition.

Le reste du workflow selftape - cadrage, éclairage, audio, ce qui foire quinze minutes avant l'envoi - est dans la checklist selftape. Et le guide complet pour répéter seul couvre tout ce qui se passe avant d'appuyer sur enregistrer.

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Elias Munk

Elias Munk est un comédien danois et le créateur de blablabla. Quatorze ans dans le métier. A construit blablabla parce que la répétition ne devrait pas être la partie difficile du métier de comédien. Le jeu, si.

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